Le contrat de travail à Lisbonne est signé, ou la retraite au soleil enfin datée, et il reste une pile de relevés : livret A, LDDS, assurance vie ouverte il y a douze ans, PEA, PER alimenté chaque mois, compte courant qui porte tous les prélèvements. Faut-il tout fermer, tout garder, ou trier ? La réponse dépend d’un point précis : le transfert de votre domicile fiscal hors de France, qui change les règles produit par produit. Ce guide sépare ce que la loi oblige à clôturer, ce que vous pouvez conserver, ce qui perd son intérêt et ce qu’il faut déclarer l’année du départ.
Mis à jour le 29 septembre 2026
Tout commence par votre domicile fiscal
Quitter physiquement la France ne suffit pas à devenir non-résident. Vous restez domicilié fiscalement en France dès qu’un seul de ces critères est rempli : votre foyer (conjoint ou partenaire de Pacs, enfants) y reste, vous y exercez une activité professionnelle non accessoire, ou vous y avez le centre de vos intérêts économiques, c’est-à-dire vos principaux investissements, le siège de vos affaires ou l’essentiel de vos revenus. Si votre famille reste à Lyon pendant que vous travaillez à Dubaï, vous demeurez en principe résident français.
Lorsque deux États vous considèrent chacun comme résident, c’est la convention fiscale signée entre eux qui tranche, et ses critères priment sur le droit interne. Si vous hésitez encore entre plusieurs destinations, notre tour d’horizon des critères qui comptent pour choisir son pays d’expatriation gagne à être complété par la lecture de cette convention : c’est elle qui dira quel État impose vos intérêts, vos dividendes et votre future retraite.
Prévenir sa banque et son assureur avant de partir
L’administration fiscale le dit sans détour : signalez votre nouveau statut à votre établissement financier, c’est lui qui vous indiquera les comptes à clôturer. Votre banque doit de toute façon connaître votre résidence. Dans le cadre de l’échange automatique de renseignements entre la France et ses partenaires, elle vous demande une auto-certification de résidence fiscale et, si vous vivez hors de France, votre numéro d’identification fiscale local. À partir de la deuxième demande, vous avez 30 jours pour répondre ; au-delà, la banque communique votre identité à l’administration et une amende de 1 500 euros peut s’appliquer.
Profitez du même rendez-vous pour mettre à jour votre adresse, vérifier que vous pourrez valider vos opérations en ligne depuis l’étranger (numéro de téléphone, application) et lister les prélèvements qui continueront de passer sur le compte.

Trois livrets à fermer : LDDS, LEP et livret jeune
D’après la page de l’administration consacrée aux produits bancaires des personnes qui quittent la France, un domicile fiscal hors de France interdit de détenir un livret de développement durable et solidaire (LDDS), un livret d’épargne populaire (LEP) ou un livret jeune. Ces placements sont réservés aux personnes domiciliées fiscalement en France, et le LEP dépend en outre d’un plafond de revenu fiscal de référence.
La clôture ne se fait pas toute seule : c’est à vous de justifier de votre situation auprès de la banque et de lui indiquer où transférer les sommes. Compte courant si vous en aurez besoin pour l’installation, livret A pour garder une réserve disponible en France, assurance vie si l’horizon est long. Réglez ce point avant de partir, tant que vous pouvez passer en agence.
Le livret A, le PEL et le CEL peuvent rester ouverts
Le livret A fait exception : toute personne peut en détenir un, sans condition d’âge, de nationalité ni de résidence fiscale en France, dans la limite de 22 950 euros de dépôts. Pour le plan et le compte épargne logement, la règle générale joue : l’administration précise que les autres produits bancaires restent accessibles aux non-résidents.
Côté impôt, les intérêts du livret A sont exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux pour tout le monde. Plus largement, les intérêts versés à une personne dont le foyer n’est pas en France sont en principe exonérés en France, sauf résidence dans un État ou territoire non coopératif (ETNC), où ils sont taxés à 75 %. Mais cette exonération ne vaut que pour l’impôt français : votre nouveau pays peut vous demander de déclarer vos revenus mondiaux, comptes français compris, et les imposer selon ses règles.
Le compte courant en France : un outil à conserver
Fermer son compte français quand on en ouvre un sur place est rarement une bonne idée. L’administration conseille de garder un compte en France ou dans la zone SEPA pour payer vos impôts français en ligne, et vous en aurez encore si vous conservez un logement, une pension ou d’autres revenus de source française. Le compte sert aussi à recevoir les rachats d’assurance vie, à régler une assurance restée en France et à préparer un éventuel retour.
Une banque n’est toutefois pas tenue de vous garder. Elle peut fermer un compte, même s’il fonctionne normalement, dans le respect de la convention de compte : elle doit vous prévenir par écrit et respecter un préavis d’au moins deux mois, sans avoir à se justifier, sauf pour un compte ouvert au titre du droit au compte. Interrogez-la sur sa politique envers les non-résidents et, si la réponse ne vous convient pas, changez d’établissement avant le départ.
Si votre banque ferme votre compte une fois parti
Les Français établis hors de France bénéficient du droit au compte. En cas de refus d’ouverture, vous pouvez engager la procédure de droit au compte auprès de la Banque de France, qui désigne une banque en un jour ouvré ; celle-ci ouvre le compte dans les trois jours ouvrés suivant la réception du dossier complet, avec des services bancaires de base gratuits. Condition : ne détenir aucun autre compte de dépôt en France. C’est un filet de sécurité, pas une solution de confort.
L’assurance vie : un contrat que l’on garde presque toujours
Aucune règle n’impose de racheter une assurance vie parce que l’on s’expatrie. C’est même souvent le placement le plus précieux à conserver : son régime fiscal dépend de l’ancienneté du contrat, et cette ancienneté continue de courir pendant votre absence. Clôturer un contrat de dix ans pour en rouvrir un au retour, c’est repartir de zéro. Demandez simplement par écrit à votre assureur s’il accepte de nouveaux versements d’un souscripteur résidant dans votre pays de destination, et relisez la clause bénéficiaire si votre situation familiale a évolué.
Ce que coûte un rachat quand on vit à l’étranger
Les rachats d’un non-résident subissent obligatoirement un prélèvement forfaitaire libératoire retenu par l’assureur (article 125-0 A du code général des impôts). Calculé sur les intérêts compris dans le rachat, il est de 12,8 % si le contrat a moins de huit ans et de 7,5 % au-delà, selon les taux en vigueur au 1er janvier 2026. La convention fiscale peut le réduire ; il passe à 75 % pour des produits versés dans un ETNC. Surtout, les non-résidents ne paient pas les prélèvements sociaux sur leurs revenus de capitaux mobiliers, ce qui allège nettement la note.
Les règles sont résumées dans la fiche officielle sur l’imposition des rachats d’assurance vie des non-résidents. Deux réserves : votre pays de résidence peut imposer à son tour le gain, la convention évitant alors la double imposition ; et ces produits doivent figurer en rubrique 2EE si vous déposez une déclaration française pour d’autres revenus, des loyers par exemple.
Au décès : la résidence de l’assuré et des bénéficiaires compte
Le prélèvement de l’article 990 I du code général des impôts, qui touche les capitaux issus des primes versées avant 70 ans au-delà de 152 500 euros par bénéficiaire, n’est pas dû si l’assuré est domicilié fiscalement hors de France au jour du décès. Il redevient applicable si le bénéficiaire réside en France au moment du décès et y a été domicilié au moins six ans au cours des dix années précédentes. Le conjoint et le partenaire de Pacs en restent exonérés.
Pour les primes versées après 70 ans, ce sont les droits de succession qui s’appliquent au-delà de 30 500 euros, selon les règles françaises de territorialité et, le cas échéant, la convention fiscale ; le pays de résidence peut ajouter sa propre fiscalité. Les abattements et règles de l’assurance vie en cas de succession restent la base du raisonnement, mais avec des bénéficiaires répartis entre plusieurs pays, faites valider votre organisation par un notaire ou un avocat fiscaliste.
Le PEA : conservé, sauf départ vers un ETNC
Depuis le 20 mars 2012, le transfert du domicile fiscal hors de France n’entraîne plus la clôture automatique du plan d’épargne en actions, que vous partiez dans l’Union européenne ou ailleurs. Seule exception : l’installation dans un État ou territoire non coopératif, dont la liste est fixée chaque année par arrêté. Le plan doit alors être clôturé et le gain peut être imposé en France, la clôture intervenant avant que vous puissiez profiter de l’exonération des non-résidents.
Ailleurs, le PEA garde ses règles : après cinq ans, un retrait partiel ne le ferme pas ; avant, un retrait entraîne en principe la clôture, sauf exceptions légales. Il faut en revanche être domicilié en France pour en ouvrir un : si vous n’en avez pas, c’est avant le départ qu’il faut y penser. Côté impôt, la doctrine administrative précise qu’en cas de clôture ou de retrait, le gain net réalisé par un non-résident est hors du champ de l’impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux français. Reste la fiscalité de votre pays de résidence, à vérifier avant de vendre.

Compte-titres et dividendes : une retenue à la source
Un compte-titres ordinaire peut aussi être conservé. Les dividendes de source française perçus par un non-résident subissent un prélèvement ou une retenue à la source de 12,8 % (taux au 1er janvier 2026), sauf convention plus favorable, et de 75 % dans un ETNC, sans prélèvements sociaux. Si vous déposez une déclaration française pour d’autres revenus, ils doivent y figurer en rubrique 2EE quel que soit leur montant ; s’ils sont vos seuls revenus français, seulement au-delà de 250 000 euros pour une personne seule ou 500 000 euros pour un couple soumis à imposition commune.
Le PER : l’argent reste bloqué, la déduction disparaît
Le plan d’épargne retraite est le produit dont l’expatriation change le plus l’intérêt. Votre départ ne permet pas de récupérer l’épargne : les cas de déblocage anticipé se limitent au décès du conjoint ou du partenaire de Pacs, à l’invalidité, au surendettement, à la fin des droits au chômage, à la liquidation judiciaire de votre entreprise et à l’achat de la résidence principale. L’argent reste donc investi jusqu’à la retraite.
Surtout, l’avantage fiscal à l’entrée s’évapore. Les versements volontaires se déduisent du revenu global ; or, en principe, cette déduction n’est pas autorisée pour les contribuables non domiciliés en France (article 164 A du code général des impôts), sauf pour certains non-résidents dits Schumacker, assimilés à des résidents sous conditions. Continuer à verser revient alors à bloquer de l’argent sans contrepartie fiscale : suspendez les versements programmés avant le départ. Les avantages fiscaux et le fonctionnement du PER redeviendront d’actualité à votre retour.
À la sortie, la rente de source française versée à un non-résident relève en principe d’une retenue à la source, mais certaines conventions réservent l’imposition des pensions privées au pays de résidence. Le PER n’est d’ailleurs qu’un étage : en s’expatriant, un salarié cesse en principe de dépendre du régime français de protection sociale, retraite comprise. Ce guide consacré à la prévoyance et à la retraite de l’expatrié détaille les accords internationaux et la cotisation volontaire qui limitent les trous dans la carrière.
Épargne de précaution et santé : le budget de la première année
L’épargne ne se règle pas sans la protection santé. Un Français qui s’expatrie pour travailler relève de la législation du pays d’accueil ; il peut adhérer à la Caisse des Français de l’étranger (CFE), mais cette adhésion volontaire ne le dispense pas des cotisations obligatoires locales. Pour faire le tour des options selon votre destination et votre situation, ce site spécialisé dans l’assurance voyage et la santé des expatriés rassemble des guides pratiques, de l’étudiant au retraité. Selon le système sur place, le niveau de remboursement et les délais d’accès aux soins, la réserve à prévoir n’est pas la même.
Le calcul de votre épargne de précaution doit donc intégrer les frais médicaux que ni le régime local ni votre assurance ne couvriront, et le coût d’un retour imprévu. Pour comparer CFE seule, CFE complétée ou assurance au premier euro, appuyez-vous sur ce guide pour choisir sa couverture santé d’expatrié, qui passe en revue les garanties à vérifier, hospitalisation et rapatriement en tête. Vous saurez alors quelle part garder disponible sur un livret A ou un compte courant, et quelle part laisser investie.
L’année du départ : deux déclarations et un nouveau service
Au printemps qui suit votre départ, vous déposez une déclaration n° 2042 regroupant tous les revenus perçus du 1er janvier à la date du départ, et une déclaration n° 2042-NR, disponible dans les annexes en ligne, pour les seuls revenus de source française imposables en France perçus ensuite jusqu’au 31 décembre. Signalez aussi votre nouvelle adresse à votre dernier centre des finances publiques depuis votre espace en ligne.
Ce centre garde votre dossier jusqu’au traitement de cette déclaration ; ensuite, si vous conservez des revenus français imposables, le service des impôts des particuliers non-résidents (SIPNR) prend le relais. Ces revenus sont soumis à un taux minimum de 20 % ou 30 %, sauf si le taux moyen vous est plus favorable. Et n’oubliez pas les déclarations exigées par votre nouveau pays.
Exit tax : une minorité d’épargnants concernés
L’exit tax vise notamment les plus-values latentes sur titres et droits sociaux des personnes résidentes fiscales en France au moins six des dix années précédant le départ, dont les participations atteignent au moins 800 000 euros ou 50 % des bénéfices sociaux d’une société. Un épargnant loin de ces seuils n’est pas concerné. Dans le cas contraire, un sursis de paiement peut être obtenu, automatiquement ou sur demande avec la déclaration n° 2074-ETD et des garanties, demande à déposer au plus tard 90 jours avant le départ pour les transferts intervenus depuis le 22 novembre 2019. La page de l’administration consacrée à l’exit tax en résume les conditions.
Le calendrier conseillé avant et après le départ
Trois mois avant, faites l’inventaire de chaque compte et contrat avec sa date d’ouverture, vérifiez l’exit tax, interrogez banque et assureur sur leur politique envers les non-résidents et ouvrez un PEA si vous n’en avez pas. Réglez aussi la protection santé et l’assistance rapatriement. Dans le mois du départ, fermez LDDS, LEP et livret jeune, suspendez les versements sur le PER et mettez à jour adresse et auto-certification. Au printemps suivant, déposez la 2042 et son annexe 2042-NR.
Et le jour où vous rentrez en France
Redevenu résident, vous devez déclarer chaque année, avec vos revenus, les comptes et contrats d’assurance vie ouverts, détenus ou clos à l’étranger, sur le formulaire n° 3916 ou 3916-bis. L’oubli coûte 1 500 euros par compte non déclaré, et 10 000 euros si l’État concerné n’a pas conclu avec la France de convention de lutte contre la fraude. C’est aussi là que les choix du départ paient : PEA et assurance vie ont gardé leur antériorité, le livret A et le compte courant sont restés ouverts. Vous pourrez rouvrir un LDDS ou un LEP, sous conditions de revenus pour ce dernier, et vos versements sur le PER redeviendront déductibles.
Questions fréquentes
Dois-je fermer mon livret A si je pars vivre à l’étranger ?
Non. Le livret A peut être détenu sans condition de résidence fiscale en France. Votre nouveau pays peut toutefois vous demander d’en déclarer les intérêts. Le LDDS, le LEP et le livret jeune doivent en revanche être clôturés.
Puis-je garder mon PEA en devenant non-résident ?
Oui, sauf installation dans un État ou territoire non coopératif, qui impose la clôture du plan. Ailleurs, le PEA continue de fonctionner et les gains d’un non-résident sont hors du champ de l’impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux français. Votre pays de résidence peut en revanche les imposer.
Comment est imposé un rachat d’assurance vie depuis l’étranger ?
L’assureur retient un prélèvement forfaitaire libératoire sur les intérêts du rachat : 12,8 % si le contrat a moins de huit ans, 7,5 % au-delà (taux au 1er janvier 2026), sauf convention fiscale plus favorable. Les non-résidents ne paient pas les prélèvements sociaux sur ces produits.
Faut-il continuer à alimenter son PER après le départ ?
Dans la plupart des cas, non. L’expatriation ne débloque pas l’épargne, et un non-résident ne peut en principe plus déduire ses versements (article 164 A du code général des impôts), sauf cas des non-résidents dits Schumacker.
Que dois-je déclarer l’année de mon départ ?
Une déclaration n° 2042 pour les revenus perçus du 1er janvier à la date du départ, et une déclaration n° 2042-NR pour les revenus de source française perçus ensuite jusqu’au 31 décembre. Le service des impôts des particuliers non-résidents prend ensuite le relais si vous gardez des revenus français.



