Lorsque vous ouvrez une assurance vie, une question revient immanquablement : faut-il privilégier la sécurité du fonds en euros ou viser la performance des unités de compte ? Ce choix, loin d’être anodin, conditionne le rendement de votre épargne, le niveau de risque que vous acceptez et la solidité de votre projet patrimonial. Entre fonds euros et unités de compte, il n’existe pas de bonne réponse universelle : tout dépend de votre horizon, de votre tolérance au risque et de vos objectifs. Dans ce guide, vous découvrez comment arbitrer intelligemment entre ces deux supports, étape par étape, avec des repères chiffrés à jour.
Mis à jour le 15 juin 2026

Fonds euros et unités de compte : de quoi parle-t-on ?
Le fonds en euros est un support garanti en capital, investi majoritairement en obligations ; les unités de compte (UC) sont des supports non garantis (actions, immobilier, fonds) dont la valeur fluctue avec les marchés. La plupart des contrats d’assurance vie modernes proposent les deux.
Comprendre cette opposition est la base de tout arbitrage réussi. Pour aller plus loin sur le fonctionnement global du contrat, consultez notre guide complet de l’assurance vie.
Comment fonctionne le fonds en euros
Le fonds en euros repose sur un principe simple : l’assureur garantit votre capital. Chaque euro versé est sécurisé, et les intérêts acquis chaque année sont définitivement acquis grâce à l’effet de cliquet. En contrepartie de cette sécurité, le rendement reste modéré.
L’assureur investit principalement dans des obligations d’État et d’entreprises. Lorsque les taux obligataires montent, les nouveaux fonds en euros profitent progressivement de rendements plus élevés. En 2025, le rendement moyen des fonds en euros s’établit autour de 2,65 % net de frais de gestion selon les données de marché, en légère hausse par rapport à 2024 (environ 2,50 %). Cette garantie a un coût d’opportunité : en période d’inflation élevée, un rendement de 2,65 % peut ne pas suffire à préserver entièrement votre pouvoir d’achat. C’est précisément pour cette raison que beaucoup d’épargnants complètent leur fonds en euros par une dose d’unités de compte, afin de viser un rendement réel positif sur la durée. L’effet de cliquet, lui, reste un atout décisif : aucune année ne peut effacer les intérêts déjà crédités.
Comment fonctionnent les unités de compte
Les unités de compte ne sont pas exprimées en euros mais en parts. Vous détenez un nombre de parts dont la valeur évolue à la hausse comme à la baisse. Le capital n’est pas garanti : c’est le prix à payer pour espérer un rendement supérieur.
Les UC couvrent une grande diversité de classes d’actifs :
- des actions (françaises, européennes, internationales) ;
- des ETF (fonds indiciels à frais réduits) ;
- de l’immobilier via des SCPI ou SCI ;
- des fonds obligataires ou diversifiés.
Sur l’année 2024, les unités de compte ont affiché une performance moyenne de l’ordre de 4,9 % brut de frais de contrat selon les chiffres du marché, mais cette moyenne masque de fortes disparités selon les supports choisis.
Fonds euros vs unités de compte : le comparatif
Le tableau ci-dessous synthétise les différences essentielles entre les deux supports pour vous aider à arbitrer.
| Critère | Fonds en euros | Unités de compte |
|---|---|---|
| Garantie du capital | Oui, garanti par l’assureur | Non, risque de perte |
| Rendement potentiel | Modéré (~2,65 % en 2025) | Élevé mais variable |
| Risque | Très faible | Moyen à élevé |
| Horizon conseillé | Court à moyen terme | Moyen à long terme (8 ans +) |
| Effet de cliquet | Oui | Non |
| Diversification | Limitée | Très large |

Quels rendements espérer en 2025-2026
La hausse des taux obligataires a redonné de l’attrait au fonds en euros, dont la moyenne remonte autour de 2,60 à 2,65 % en 2025. Certains contrats affichent des taux bonifiés (jusqu’à 3,5 % voire plus de 4 %), mais ces rendements sont souvent conditionnés à une part minimale d’unités de compte dans le contrat, parfois 50 % ou 75 %.
Du côté des UC, le rendement dépend entièrement de votre allocation : un portefeuille bien diversifié sur le long terme peut viser 4 à 6 % annualisés, mais sans aucune garantie. Plus la part d’UC augmente, plus le potentiel de gain et le risque progressent simultanément.
Attention toutefois aux taux d’appel mis en avant la première année : un fonds en euros boosté à 4 % sur douze mois peut retomber vers la moyenne du marché dès l’année suivante. Raisonnez sur le rendement durable du contrat plutôt que sur une promesse promotionnelle. De même, pour les unités de compte, ne confondez pas performance passée et performance future : un support ayant gagné 20 % une année peut en perdre autant la suivante. La régularité et la diversification comptent davantage que la recherche du meilleur coup.
Le risque : ce que vous devez vraiment comprendre
Le risque des unités de compte n’est pas un défaut à éviter à tout prix : c’est la contrepartie normale d’un rendement plus élevé. L’Autorité des marchés financiers (AMF) rappelle qu’investir en UC suppose d’accepter des fluctuations et de raisonner sur le long terme.
La clé est de faire correspondre votre horizon de placement à votre allocation. Sur 10 ou 15 ans, les variations de marché tendent à se lisser ; sur 2 ans, elles peuvent transformer un gain espéré en perte. Ne placez en UC que l’épargne dont vous n’avez pas besoin à court terme.

La fiscalité de l’arbitrage en assurance vie
Bonne nouvelle : à l’intérieur d’un même contrat, un arbitrage entre fonds euros et unités de compte n’est pas un événement fiscal. Vous pouvez réallouer votre épargne sans déclencher d’imposition tant que vous ne retirez pas d’argent.
L’imposition n’intervient qu’au moment du rachat (retrait). Les gains sont alors soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) ou au barème, ainsi qu’aux prélèvements sociaux de 17,2 %. Après 8 ans de détention, vous bénéficiez d’un abattement annuel de 4 600 € (personne seule) ou 9 200 € (couple) sur les gains. Les règles détaillées sont précisées par Service-Public.fr. Pour estimer ce que vous percevrez réellement, lisez notre article quelle somme touche-t-on sur une assurance vie.
Comment arbitrer entre fonds euros et unités de compte : la méthode
Voici une méthode en cinq étapes pour arbitrer sereinement :
- Définissez votre horizon : à quelle échéance aurez-vous besoin de cette épargne ?
- Évaluez votre tolérance au risque : pourriez-vous supporter une baisse temporaire de 15 à 20 % ?
- Fixez une allocation cible (par exemple 60 % fonds euros / 40 % UC).
- Sélectionnez vos supports en privilégiant la diversification et des frais réduits (ETF).
- Rééquilibrez régulièrement, une à deux fois par an, pour revenir à votre cible.
Quelle répartition selon votre profil
Il n’existe pas d’allocation idéale, mais des repères selon votre profil d’épargnant :
- Prudent : 70 à 100 % fonds euros, UC limitées aux supports peu volatils ;
- Équilibré : 50 % fonds euros / 50 % UC diversifiées ;
- Dynamique : 20 à 30 % fonds euros, le reste en UC actions et immobilier.
Ces curseurs doivent évoluer avec le temps : on sécurise généralement à l’approche de l’échéance du projet.
Gestion libre ou gestion pilotée
Deux approches s’offrent à vous. En gestion libre, vous choisissez et arbitrez vous-même vos supports : c’est plus économique et formateur, mais cela demande du temps et des connaissances. En gestion pilotée (ou sous mandat), vous déléguez la répartition et les arbitrages à un professionnel qui ajuste l’allocation selon un profil de risque choisi.
La gestion pilotée rassure les épargnants qui ne souhaitent pas suivre les marchés, mais elle s’accompagne de frais supplémentaires qui rognent le rendement. Comparez toujours le surcoût au service rendu. À titre de repère, un écart de frais de gestion de 0,5 % par an sur un capital de 50 000 € placé vingt ans représente plusieurs milliers d’euros de manque à gagner. Privilégiez donc les contrats en ligne sans frais sur versement et compatibles avec des ETF à faibles coûts.
Les frais à surveiller de près
Les frais sont l’ennemi silencieux de votre rendement. Sur un horizon long, quelques dixièmes de pourcent de frais annuels représentent des milliers d’euros. Soyez attentif à :
- les frais sur versement (idéalement 0 % sur un bon contrat en ligne) ;
- les frais de gestion annuels du fonds euros et des UC ;
- les frais d’arbitrage (souvent gratuits en ligne) ;
- les frais propres aux supports (les ETF coûtent bien moins cher que les fonds gérés activement).
Les pièges à éviter
Plusieurs erreurs reviennent fréquemment chez les épargnants :
- tout placer en fonds euros par peur, et perdre du pouvoir d’achat face à l’inflation ;
- basculer 100 % en UC sans coussin de sécurité ni horizon long ;
- arbitrer dans la panique lors d’une baisse de marché, cristallisant les pertes ;
- négliger les frais en se focalisant uniquement sur le rendement affiché ;
- oublier de rééquilibrer son allocation pendant des années.
Cas particuliers : retraite, transmission, jeune épargnant
Votre situation personnelle modifie l’arbitrage. À l’approche de la retraite, on sécurise progressivement en renforçant le fonds en euros. Un jeune épargnant avec un horizon de 20 ans peut au contraire privilégier fortement les UC pour capter la performance des marchés.
Dans une optique de transmission, l’assurance vie reste un outil puissant grâce à sa fiscalité successorale avantageuse. Pour optimiser ce volet, consultez notre guide sur la succession en assurance vie : abattements et règles.
Fonds euros ou unités de compte en vidéo
Pour visualiser concrètement la différence entre ces deux supports et le bon réflexe d’arbitrage, voici une vidéo pédagogique :
Questions fréquentes sur les fonds euros et unités de compte
Peut-on changer de répartition après l’ouverture du contrat ?
Oui. L’arbitrage vous permet de modifier à tout moment la répartition entre fonds euros et unités de compte, sans clôturer le contrat ni déclencher d’imposition tant que vous ne retirez pas d’argent.
Un arbitrage est-il imposable ?
Non, tant qu’il a lieu à l’intérieur du contrat. L’imposition n’intervient qu’au moment d’un rachat partiel ou total, sur la part de gains retirée.
Faut-il privilégier le fonds euros en 2025 ?
Le fonds en euros redevient attractif avec un rendement moyen autour de 2,65 % en 2025, mais il ne suffit pas à viser une performance élevée sur le long terme. Une part d’unités de compte reste pertinente pour dynamiser l’épargne.
Quel pourcentage d’unités de compte choisir ?
Tout dépend de votre horizon et de votre tolérance au risque. À titre indicatif : 0 à 30 % pour un profil prudent, autour de 50 % pour un profil équilibré, et 70 % ou plus pour un profil dynamique sur le long terme.
Le capital des unités de compte est-il garanti ?
Non. Seul le nombre de parts est garanti, pas leur valeur. Vous pouvez subir une perte en capital si les marchés baissent, d’où l’importance d’un horizon de placement long.
À quelle fréquence faut-il arbitrer ?
Un à deux rééquilibrages par an suffisent dans la plupart des cas. Multiplier les arbitrages augmente les frais éventuels et le risque de réagir émotionnellement aux marchés.
Conclusion : trouver votre équilibre
Arbitrer entre fonds euros et unités de compte revient à doser sécurité et performance selon votre projet. Le fonds en euros protège votre capital ; les unités de compte le font fructifier sur la durée. La bonne stratégie combine généralement les deux, ajuste l’allocation à votre horizon et reste disciplinée face aux soubresauts des marchés. Définissez votre profil, fixez une cible, et rééquilibrez régulièrement : c’est la voie la plus sûre vers une épargne performante et sereine.

